Malgré son appellation, cette procédure ne doit pas être prise à la légère : la personne convoquée est tenue de se présenter, ses déclarations sont consignées dans un procès-verbal et elles peuvent influencer directement la suite de l’enquête. Elle conserve toutefois plusieurs droits essentiels, notamment celui de garder le silence, d’être assistée par un avocat dans les conditions prévues par la loi et de quitter les locaux à tout moment.
À retenir
- L’audition libre concerne généralement une personne entendue comme suspecte.
- Une convocation de la police ou de la gendarmerie ne doit pas être ignorée.
- La personne entendue peut faire des déclarations, répondre aux questions ou garder le silence.
- Elle peut quitter les locaux tant qu’elle n’est pas placée en garde à vue.
- L’audition peut être suivie d’un classement sans suite, d’une nouvelle convocation, de poursuites ou d’un placement en garde à vue.
Vous êtes convoqué en audition libre ?
Un entretien avec un avocat permet de déterminer la stratégie de déclaration la plus adaptée.
Dans cet article
Retrouvez les principales étapes abordées dans cet article.
- Qu’est-ce qu’une audition libre ?
- Comment est-on convoqué à une audition libre ?
- Quels sont vos droits pendant l’audition ?
- Comment se préparer à l’audition libre ?
- Comment se déroule une audition libre ?
- Combien de temps dure une audition libre ?
- Que se passe-t-il après une audition libre ?
- L’audition libre en matière d’infraction routière
- Quel est le rôle de l’avocat ?
- Questions fréquentes sur l’audition libre
Qu’est-ce qu’une audition libre ?
L’audition libre est une mesure d’enquête au cours de laquelle une personne soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction est interrogée sans être placée sous le régime de la garde à vue.
L’article 61-1 du Code de procédure pénale prévoit que cette personne doit être informée, avant d’être interrogée, de la qualification, de la date et du lieu présumés de l’infraction. Elle doit également être avisée de son droit de quitter les locaux, de garder le silence, de bénéficier d’un interprète et, lorsque les conditions légales sont réunies, d’être assistée par un avocat.
L’audition libre d’un suspect
Une personne est entendue sous le régime de l’audition libre lorsqu’il existe à son encontre une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a participé à une infraction.
Cela signifie que la personne convoquée n’est pas nécessairement poursuivie et qu’aucune décision sur sa culpabilité n’a encore été prise. Elle n’est toutefois pas entendue comme un simple témoin : les enquêteurs disposent déjà d’éléments qui justifient de l’interroger sur son éventuelle implication.
Ces éléments peuvent notamment provenir d’une plainte, des déclarations d’une victime ou d’un témoin, d’images de vidéoprotection, d’un relevé d’immatriculation ou de constatations effectuées sur les lieux. Ils peuvent également résulter d’échanges téléphoniques ou numériques, de résultats d’analyses ou de documents recueillis au cours de l’enquête.
Quelle différence entre un suspect et un témoin ?
Le témoin est une personne contre laquelle il n’existe, au moment de son audition, aucune raison plausible de soupçonner qu’elle a commis l’infraction.
Si des soupçons apparaissent au cours de son audition, les enquêteurs doivent changer son statut et lui notifier les droits prévus pour l’audition libre, sauf si les conditions d’un placement en garde à vue sont réunies.
La limite de quatre heures parfois évoquée concerne la rétention sous contrainte d’un témoin, et non la durée générale de l’audition libre d’un suspect.
Quelle différence entre une audition libre et une garde à vue ?
La principale différence tient à la liberté de mouvement.
| Point comparé | Audition libre | Garde à vue |
|---|---|---|
| Liberté de mouvement | La personne peut quitter les locaux. | La personne est retenue. |
| Statut | Suspect entendu sans contrainte. | Suspect privé temporairement de liberté. |
| Durée | Pas de durée maximale propre à l’audition libre. | Durée légalement encadrée. |
| Droit au silence | Oui. | Oui. |
| Assistance d’un avocat | Oui, pour un crime ou un délit puni d’emprisonnement. | Oui, selon le régime applicable à la garde à vue. |
| Accès au dossier | Aucun droit général d’accès au dossier. | Accès limité aux documents prévus par la loi. |
| Fin de la mesure | Départ libre, reconvocation ou garde à vue. | Remise en liberté, poursuites, défèrement ou autre orientation. |
Une audition commencée librement peut se transformer en garde à vue lorsque les éléments recueillis et les nécessités de l’enquête le justifient. Dans ce cas, la personne ne peut plus quitter les locaux et les droits propres à la garde à vue doivent lui être notifiés.
Comment est-on convoqué à une audition libre ?
La convocation peut être adressée par courrier, remise en main propre ou communiquée oralement, notamment par téléphone. Elle peut émaner d’un service de police, d’une brigade de gendarmerie ou, dans certains domaines, d’un fonctionnaire disposant de pouvoirs de police judiciaire.
Lorsqu’elle est écrite et que le déroulement de l’enquête le permet, la convocation doit indiquer l’infraction dont la personne est soupçonnée, ainsi que la date et le lieu présumés des faits. Elle doit également préciser le droit d’être assisté par un avocat lorsque l’infraction est punie d’emprisonnement, les conditions d’accès à l’aide juridictionnelle, les modalités de désignation d’un avocat commis d’office et les lieux permettant d’obtenir des conseils juridiques avant l’audition.
Il arrive néanmoins qu’une convocation soit peu précise. Les enquêteurs peuvent ne pas détailler immédiatement les faits lorsque la communication de certaines informations serait susceptible de perturber l’enquête. Les informations essentielles devront toutefois être notifiées au plus tard avant le début des questions.
Est-il obligatoire de se présenter ?
Oui. Les personnes convoquées par un officier de police judiciaire pour les nécessités d’une enquête sont tenues de comparaître.
En l’absence de réponse à la convocation, l’officier de police judiciaire peut, avec l’autorisation préalable du procureur de la République, faire conduire la personne par la force publique.
Une comparution forcée peut également être autorisée sans convocation préalable dans certaines situations, notamment lorsqu’il existe un risque de destruction des preuves, de pression sur les témoins ou de concertation entre plusieurs suspects.
Attention : convocation obligatoire ne signifie pas audition sous contrainte
Il faut distinguer deux règles :
- la personne doit répondre à la convocation et se présenter ;
- une fois entendue sous le régime de l’audition libre, elle conserve le droit de quitter les locaux tant qu’elle n’est pas placée en garde à vue.
En cas d’indisponibilité sérieuse, il est possible de contacter le service enquêteur pour demander un changement de date. Ce report doit être accepté par le service. Il ne faut pas décider unilatéralement de ne pas se présenter.
Quels sont vos droits pendant une audition libre ?
Les droits doivent être notifiés avant le début de l’interrogatoire. Leur notification est mentionnée dans le procès-verbal.
Connaître les faits qui vous sont reprochés
La personne doit connaître la qualification juridique ainsi que la date et le lieu présumés de l’infraction.
Les éléments communiqués peuvent cependant rester sommaires. À ce stade, les enquêteurs ne sont pas tenus de présenter l’ensemble des preuves, des témoignages ou des actes déjà versés au dossier.
Faire des déclarations, répondre ou garder le silence
La personne entendue dispose de trois possibilités :
- faire des déclarations spontanées ;
- répondre aux questions ;
- garder le silence.
Ces possibilités peuvent être combinées. Il est par exemple possible de répondre aux questions relatives à son identité ou à sa situation personnelle, puis de garder le silence sur les faits.
Le choix dépend du contenu du dossier, des éléments déjà connus et de la nature des explications susceptibles d’être apportées. Le silence ne constitue pas un aveu, mais répondre sans préparation peut conduire à des contradictions ou à des formulations imprécises qui seront ensuite difficiles à expliquer.
Quitter les locaux à tout moment
Le droit de quitter les locaux constitue le principal critère permettant de distinguer l’audition libre de la garde à vue.
Une personne qui souhaite partir peut l’indiquer clairement à l’enquêteur. Celui-ci ne peut la maintenir contre son gré sous le régime de l’audition libre.
Les enquêteurs peuvent toutefois décider d’un placement en garde à vue lorsque les conditions prévues par la loi sont réunies. Une telle décision doit être fondée sur les nécessités de l’enquête et non sur le seul fait que la personne ait demandé à partir.
Être assisté par un interprète
Une personne qui ne comprend pas suffisamment le français doit pouvoir bénéficier de l’assistance d’un interprète. Cette assistance peut, dans certains cas, être réalisée par un moyen de télécommunication.
La personne doit signaler immédiatement toute difficulté de compréhension. Il est préférable de ne pas accepter une formulation juridique ou factuelle dont le sens n’est pas parfaitement compris.
Être assisté par un avocat
L’assistance d’un avocat est prévue lorsque les faits constituent un crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement.
L’avocat peut être choisi par la personne ou désigné d’office à sa demande. Les frais restent en principe à sa charge, sauf si elle remplit les conditions permettant de bénéficier d’une prise en charge.
Au cours de l’audition, l’avocat peut assister aux échanges. À la fin de l’audition ou de la confrontation, il peut poser des questions. L’enquêteur ne peut les refuser que si elles sont susceptibles de nuire au bon déroulement de l’enquête.
L’avocat peut également déposer des observations écrites qui seront jointes à la procédure.
En revanche, il ne dispose pas à ce stade d’un droit général d’accès au dossier de l’enquête. Il ne peut notamment pas exiger la communication des déclarations de la victime, des auditions précédentes ou des autres pièces recueillies par les enquêteurs.
Préparez votre audition avec un avocat
Une consultation permet de reconstituer les faits et de déterminer s’il convient de répondre aux questions, de faire une déclaration ou de garder le silence.
Comment se préparer à l’audition libre ?
La préparation ne consiste pas à apprendre un récit par cœur. Elle permet de comprendre le cadre de l’audition, d’identifier les points sensibles et d’éviter les réponses approximatives.
Obtenir une convocation écrite
Lorsqu’une convocation a été faite uniquement par téléphone, il peut être utile de demander une confirmation écrite précisant le nom du service, l’adresse du commissariat ou de la brigade, ainsi que la date et l’heure du rendez-vous. Cette confirmation peut également mentionner le nom ou les coordonnées de l’enquêteur, la qualification envisagée et la possibilité d’être assisté par un avocat.
Une convocation peu détaillée ne permet pas toujours de connaître précisément le contenu de l’enquête. Elle constitue néanmoins un premier élément pour organiser la préparation.
Reconstituer la chronologie des faits
Il est conseillé de rédiger une chronologie personnelle avant l’audition, sans la transmettre spontanément aux enquêteurs. Celle-ci peut préciser les horaires, les lieux fréquentés, les personnes présentes, les déplacements effectués ainsi que les appels et messages échangés. Elle peut également mentionner les événements antérieurs et postérieurs aux faits, ainsi que les documents ou témoins susceptibles de confirmer certains éléments.
Cette préparation aide à distinguer ce dont la personne se souvient précisément de ce qu’elle suppose ou a appris ultérieurement.
Il est préférable d’indiquer qu’un souvenir est incertain plutôt que de fournir une réponse catégorique qui pourrait être contredite par un élément matériel.
Rassembler les documents utiles
Selon la nature de l’affaire, il peut être pertinent de réunir la convocation, les courriers déjà reçus, les photographies, les échanges de messages, ainsi que les relevés ou justificatifs de déplacement. Peuvent également être utiles les documents professionnels, les factures ou tickets, les résultats d’analyses déjà communiqués, les documents relatifs au véhicule et les précédentes décisions ou convocations liées au dossier.
Ces documents ne doivent pas nécessairement être remis au début de l’audition. Leur utilité et le moment de leur production doivent être appréciés en fonction de la stratégie retenue.
Déterminer la stratégie de déclaration
Trois approches peuvent notamment être envisagées :
- répondre à l’ensemble des questions ;
- faire une déclaration préparée, puis répondre uniquement à certaines questions ;
- exercer son droit au silence sur tout ou partie des faits.
Aucune stratégie n’est adaptée à toutes les situations. Une explication spontanée peut être utile lorsque les faits résultent d’un malentendu ou lorsqu’un document objectif permet de les contredire.
À l’inverse, répondre immédiatement peut être risqué lorsque la personne ignore les éléments déjà détenus par les enquêteurs.
Comment se déroule une audition libre ?
L’audition se déroule généralement dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie. Elle peut également avoir lieu dans les locaux d’une administration lorsque l’enquête est menée par un fonctionnaire disposant de pouvoirs de police judiciaire.
Vérification de l’identité et notification des droits
L’enquêteur commence par vérifier l’identité de la personne. Il lui notifie ensuite les faits sur lesquels elle va être interrogée et les droits prévus par l’article 61-1 du Code de procédure pénale.
Il est essentiel d’écouter précisément cette notification. La qualification annoncée permet de comprendre la nature de l’infraction envisagée, même si elle peut évoluer au cours de l’enquête.
Questions sur la situation personnelle et sur les faits
Les premières questions peuvent porter sur :
- l’état civil ;
- l’adresse ;
- la situation familiale ;
- la profession ;
- les revenus ;
- les antécédents ;
- les liens avec les personnes concernées par l’affaire.
L’enquêteur aborde ensuite les faits. Les questions peuvent être ouvertes, très précises ou répétées sous une autre forme afin de vérifier la cohérence des réponses.
Une personne n’est pas tenue de donner une réponse immédiate à chaque question. Elle peut demander que la question soit reformulée ou indiquer qu’elle ne se souvient pas précisément d’un élément.
Rédaction du procès-verbal
Les déclarations sont retranscrites dans un procès-verbal. Il ne s’agit pas toujours d’une reproduction mot pour mot de l’échange : l’enquêteur peut résumer ou reformuler les réponses.
Cette retranscription doit donc faire l’objet d’une lecture attentive.
Lecture, correction et signature du procès-verbal
À la fin de l’audition, la personne doit relire le procès-verbal ou se le faire relire.
Elle peut demander la correction :
- d’une erreur factuelle ;
- d’un horaire ;
- d’un nom ;
- d’une formulation ambiguë ;
- d’une réponse incomplète ;
- d’une phrase ne correspondant pas à ses déclarations.
Il ne faut pas signer un procès-verbal en se disant qu’une erreur pourra facilement être corrigée plus tard.
En cas de désaccord persistant, la personne peut refuser de signer. L’enquêteur mentionnera ce refus dans le procès-verbal.
La personne entendue ne reçoit normalement pas de copie de ce document, qui reste intégré au dossier de la procédure.
Peut-on vous demander vos empreintes ou une photographie ?
Les enquêteurs peuvent procéder à des relevés signalétiques, notamment à la prise d’empreintes digitales, palmaires ou de photographies, dans les conditions prévues par l’article 55-1 du Code de procédure pénale.
Le refus d’une personne soupçonnée de se soumettre aux opérations ordonnées dans ce cadre est susceptible de constituer une infraction punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Depuis le 25 juillet 2026, la loi prévoit également une possibilité de procéder sans consentement à une prise d’empreintes ou à une photographie dans une situation strictement encadrée.
Cette opération doit constituer l’unique moyen d’identifier une personne entendue pour un crime ou un délit puni d’au moins trois ans d’emprisonnement, qui refuse de justifier de son identité ou fournit une identité manifestement inexacte.
Une autorisation écrite du procureur de la République est alors nécessaire et la contrainte doit rester strictement proportionnée.
Combien de temps dure une audition libre ?
Le Code de procédure pénale ne fixe pas de durée maximale propre à l’audition libre d’un suspect majeur.
La personne conserve toutefois le droit de quitter les locaux à tout moment. Elle peut demander à l’enquêteur si d’autres questions doivent encore être posées ou indiquer qu’elle souhaite mettre fin à l’audition.
La durée dépend notamment de la complexité des faits, du nombre de questions et d’infractions examinées, ainsi que de la nécessité de vérifier certains éléments. Elle peut également être prolongée par la présence d’un interprète, l’intervention d’un avocat ou l’organisation d’une confrontation.
La durée maximale de quatre heures parfois mentionnée sur internet concerne la rétention sous contrainte d’une personne entendue comme témoin et à l’encontre de laquelle il n’existe initialement aucune raison plausible de soupçonner la commission d’une infraction.
Elle ne constitue pas une durée maximale générale de l’audition libre d’un suspect.
Que se passe-t-il après une audition libre ?
À la fin de l’audition, plusieurs décisions sont possibles. Le fait de quitter librement les locaux ne signifie pas nécessairement que l’affaire est terminée.
Vous repartez sans décision immédiate
Dans de nombreux dossiers, l’enquêteur ne communique aucune orientation définitive à la fin de l’entretien.
L’enquête peut se poursuivre par :
- l’audition d’autres personnes ;
- l’exploitation de téléphones ou de documents ;
- une expertise ;
- l’examen d’images ;
- la réception de résultats d’analyses ;
- une confrontation ;
- une nouvelle audition.
Le dossier sera ensuite transmis ou retourné au procureur de la République, qui appréciera la suite à lui donner.
Le dossier est classé sans suite
Le procureur peut décider de classer la procédure, notamment lorsque l’infraction n’est pas suffisamment caractérisée, que les preuves sont insuffisantes ou qu’un obstacle juridique empêche les poursuites.
La personne entendue n’est pas nécessairement informée immédiatement du classement. L’absence de nouvelles pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois ne permet donc pas, à elle seule, de conclure que le dossier est définitivement terminé.
Vous êtes reconvoqué
Une nouvelle convocation peut avoir pour objet un complément d’audition, la présentation de nouveaux éléments ou l’organisation d’une confrontation. Elle peut également servir à mettre en œuvre une mesure alternative aux poursuites, à proposer une composition pénale ou à remettre à la personne une convocation devant une juridiction.
Une personne peut donc repartir libre après l’audition tout en faisant ultérieurement l’objet de poursuites.
L’audition est transformée en garde à vue
Si les éléments recueillis pendant l’entretien renforcent les soupçons et que les nécessités de l’enquête le justifient, l’officier de police judiciaire peut décider d’un placement en garde à vue.
La personne doit alors être informée de ce changement de statut et des droits attachés à la garde à vue. Elle ne peut plus quitter les locaux.
Lorsque la garde à vue intervient dans le prolongement immédiat de l’audition, sa durée est calculée à compter du début de celle-ci.
Le procureur décide d’une alternative aux poursuites
Lorsque les faits paraissent établis mais qu’un procès ne semble pas indispensable, le procureur peut choisir une mesure alternative adaptée à la situation.
Selon la nature du dossier, il peut également proposer une composition pénale. Cette procédure suppose l’acceptation de la personne concernée et peut comporter différentes obligations.
Des poursuites sont engagées
Le procureur peut décider de poursuivre la personne, notamment au moyen :
- d’une convocation devant le tribunal correctionnel ;
- d’une convocation par officier de police judiciaire ;
- d’une ordonnance pénale ;
- d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité ;
- d’un défèrement ;
- de l’ouverture d’une information judiciaire pour les affaires les plus complexes.
Le mode de poursuite dépend de la nature de l’infraction, de la gravité des faits, des antécédents et des éléments recueillis.
Une audition libre entraîne-t-elle une inscription au TAJ ?
Les données relatives à une personne mise en cause peuvent être enregistrées dans le traitement d’antécédents judiciaires, appelé TAJ, selon les éléments retenus et la suite de la procédure.
Le TAJ est un fichier de police judiciaire. Il ne doit pas être confondu avec le casier judiciaire.
Une audition libre n’est pas une condamnation et ne crée donc pas, à elle seule, de mention sur les bulletins du casier judiciaire.
L’audition libre en matière d’infraction routière
L’audition libre est fréquemment utilisée lorsque le conducteur n’a pas été immédiatement placé en garde à vue ou lorsque les enquêteurs doivent vérifier son identité, son comportement ou les circonstances précises d’une infraction.
Elle peut notamment intervenir dans des dossiers concernant :
- un délit de fuite ;
- un refus d’obtempérer ;
- une conduite après usage de stupéfiants ;
- une conduite sous l’empire d’un état alcoolique ;
- un grand excès de vitesse ;
- des blessures routières ;
- un homicide routier ;
- une conduite malgré une suspension ou une invalidation du permis.
Dans un dossier de délit de fuite, les questions peuvent porter sur la connaissance du choc, la visibilité, le comportement du conducteur après l’accident ou les raisons de son départ.
Dans une affaire de refus d’obtempérer, les enquêteurs peuvent rechercher si le conducteur a perçu les signaux lui ordonnant de s’arrêter et s’il a volontairement refusé d’y répondre.
En matière de stupéfiants ou d’alcool, l’audition peut porter sur les consommations déclarées, les horaires, les résultats des vérifications, le déroulement du contrôle ou les observations figurant dans les procès-verbaux.
Lorsque l’identité du conducteur est discutée, les questions peuvent concerner l’utilisation du véhicule, les personnes autorisées à le conduire, les horaires de déplacement et les éléments permettant d’identifier la personne présente au volant.
Dans ces dossiers, une réponse apparemment anodine peut avoir une incidence sur la caractérisation de l’infraction. Il est donc nécessaire de distinguer ce qui est certain de ce qui relève d’une estimation ou d’un souvenir imprécis.
Quel est le rôle de l’avocat lors d’une audition libre ?
L’intervention de l’avocat peut commencer avant le rendez-vous.
Il peut notamment :
- analyser la convocation ;
- identifier l’infraction envisagée ;
- expliquer les peines et les conséquences possibles ;
- reconstituer la chronologie avec la personne convoquée ;
- examiner les documents déjà disponibles ;
- préparer les sujets susceptibles d’être abordés ;
- conseiller de répondre, de faire une déclaration ou de garder le silence ;
- assister à l’audition ;
- poser des questions à son issue ;
- remettre des observations écrites ;
- assurer le suivi lorsque le dossier est transmis au parquet.
L’absence d’accès général au dossier limite nécessairement l’analyse préalable. La préparation permet néanmoins d’éviter certaines erreurs, de préserver les éléments utiles et de déterminer une ligne de défense cohérente.
Le mot de Maître Yann LEFEBVRE
Une audition libre n’est ni une simple conversation avec les enquêteurs ni une condamnation déjà décidée. Son enjeu dépend des faits reprochés et des éléments dont disposent les services d’enquête. Avant de répondre, il est essentiel de comprendre son statut, de connaître ses droits et de ne pas présenter comme certaine une information dont on n’est pas sûr.
Lorsqu’une convocation concerne une infraction routière, le Cabinet Kirmen & Lefebvre peut examiner la situation, préparer l’audition et assister la personne convoquée lorsque les conditions légales le permettent.
Préparez votre audition avec un avocat
Une consultation permet de reconstituer les faits et de déterminer s’il convient de répondre aux questions, de faire une déclaration ou de garder le silence.
Questions fréquentes sur l’audition libre
Peut-on reporter une audition libre ?
Il est possible de demander un report en cas d’indisponibilité sérieuse. Il faut contacter rapidement le service enquêteur et obtenir son accord sur une nouvelle date. La convocation ne doit pas être ignorée sans réponse.
Peut-on être convoqué uniquement par téléphone ?
Oui. Une convocation peut être orale, notamment par téléphone. Il est recommandé de vérifier l’identité du service, son adresse, le nom de l’enquêteur et l’objet général de la convocation. Une confirmation écrite peut également être demandée.
Peut-on quitter les locaux au milieu de l’audition ?
Oui, tant que la personne reste sous le régime de l’audition libre. Elle doit avoir été informée de son droit de quitter les locaux à tout moment. Si elle est placée en garde à vue, elle perd cette liberté.
L’avocat est-il obligatoire ?
Non. La personne peut renoncer à l’assistance d’un avocat et accepter expressément de poursuivre l’audition sans lui. Cette décision doit être prise en connaissance de cause, notamment lorsque les faits sont graves ou que la personne ignore les éléments du dossier.
Peut-on garder le silence pendant toute l’audition ?
Oui. La personne peut choisir de ne faire aucune déclaration sur les faits. Elle peut aussi répondre seulement à certaines questions. Le droit de garder le silence doit être notifié avant le début de l’audition.
Peut-on refuser de signer le procès-verbal ?
Oui. Une personne qui estime que le procès-verbal ne correspond pas à ses déclarations peut demander des corrections et, si le désaccord persiste, refuser de signer. Le refus est alors mentionné dans le document.
Peut-on obtenir une copie du procès-verbal ?
La personne entendue ne reçoit normalement pas de copie du procès-verbal à la fin de l’audition. Celui-ci reste intégré au dossier de la procédure.
Une audition libre apparaît-elle au casier judiciaire ?
Non. L’audition libre n’est pas une condamnation. Elle ne crée donc pas à elle seule de mention au casier judiciaire. Des informations peuvent en revanche être enregistrées dans un fichier de police judiciaire tel que le TAJ.
Peut-on être placé en garde à vue après être venu librement ?
Oui. Si les conditions légales sont réunies, l’officier de police judiciaire peut décider d’un placement en garde à vue au cours ou à l’issue de l’audition. Le changement de statut et les droits correspondants doivent alors être notifiés.
Combien de temps après l’audition peut-on être reconvoqué ?
Il n’existe pas de délai unique applicable à toutes les affaires. La personne peut être reconvoquée après l’accomplissement de nouveaux actes d’enquête ou sur instruction du procureur de la République. La durée dépend de la complexité du dossier et de la nature de l’infraction.
Références juridiques
- Code de procédure pénale, article 61-1 : droits de la personne entendue librement
- Code de procédure pénale, article 78 : obligation de comparaître à une convocation
- Code de procédure pénale, article 62 : audition et rétention du témoin
- Code de procédure pénale, article 55-1 : relevés signalétiques, empreintes et photographies
- Code de procédure pénale, article 63 : décision et durée de la garde à vue
- Code de procédure pénale, article 63-4-3 : intervention de l’avocat pendant l’audition
Article rédigé par Maître Yann LEFEBVRE, Avocat à la Cour. Mis à jour le 5 août 2026.
