Qu’est-ce qu’une ligne de dissuasion ?
La ligne de dissuasion est une ligne longitudinale discontinue de type T3. Elle comporte davantage de parties peintes que d’espaces vides, ce qui la rend visuellement plus contraignante qu’une ligne discontinue ordinaire.
Elle sert à prévenir le conducteur que le dépassement est déconseillé en raison de la configuration des lieux. Elle peut notamment être implantée sur une route présentant :
- une succession de virages ;
- de fortes déclivités ;
- plusieurs zones de visibilité réduite ;
- une circulation importante de véhicules lents ;
- une longue portion sur laquelle une ligne continue serait excessivement contraignante.
L’Instruction interministérielle sur la signalisation routière prévoit précisément que cette ligne T3 peut remplacer une succession de lignes continues et de lignes d’annonce lorsque celles-ci couvriraient une distance excessive. Elle donne notamment l’exemple d’un tracteur agricole ou d’un camion très lent qui pourrait être dépassé en quelques secondes lorsque les circonstances le permettent.
Comment reconnaître une ligne de dissuasion ?
Chaque trait d’une ligne de dissuasion axiale mesure :
- 3 mètres de longueur ;
- avec un intervalle de 1,33 mètre entre deux traits.
À titre de comparaison, une ligne discontinue ordinaire de type T1 comprend également des traits de trois mètres, mais ceux-ci sont séparés par des intervalles de dix mètres. Les traits d’une ligne de dissuasion paraissent donc beaucoup plus rapprochés.
Le marquage est normalement blanc. Il peut toutefois être jaune lorsqu’il s’agit d’une signalisation temporaire, notamment dans une zone de travaux.
Il faut également regarder l’environnement de la ligne. Un marquage de type T3 peut avoir plusieurs fonctions. Il peut s’agir :
- d’une ligne de dissuasion ;
- d’une ligne annonçant une prochaine ligne continue ;
- d’une ligne séparant certaines voies de circulation.
Tous les marquages T3 ne sont donc pas nécessairement des lignes de dissuasion.
À retenir : la ligne de dissuasion reste discontinue, mais elle avertit le conducteur que la zone rend généralement les dépassements plus difficiles ou plus dangereux.
Peut-on franchir une ligne de dissuasion ?
Oui, une ligne de dissuasion peut en principe être franchie ou chevauchée, puisqu’il s’agit d’une ligne discontinue.
L’article R412-18 du Code de la route prévoit que les lignes longitudinales discontinues autorisent leur franchissement ou leur chevauchement. Le seul fait de traverser une ligne de dissuasion ne doit donc pas être assimilé au franchissement d’une ligne continue.
Cette possibilité ne signifie toutefois pas que le conducteur dispose d’un droit absolu de dépasser.
Une ligne franchissable ne rend pas tout dépassement légal
Avant de dépasser, le conducteur doit s’assurer que la manœuvre peut être accomplie dans des conditions satisfaisantes de sécurité.
Il ne peut notamment entreprendre le dépassement que s’il est en mesure :
- de reprendre sa place dans le courant normal de la circulation sans le gêner ;
- d’effectuer la manœuvre dans un temps suffisamment bref compte tenu de la différence de vitesse ;
- de vérifier qu’il n’est pas lui-même sur le point d’être dépassé ;
- de respecter une distance latérale suffisante avec l’usager dépassé.
Ces obligations résultent de l’article R414-4 du Code de la route.
Sur une route à double sens, le dépassement est également interdit lorsque la visibilité vers l’avant est insuffisante. Cette situation peut notamment se présenter dans un virage ou au sommet d’une côte.
La présence d’une ligne de dissuasion doit ainsi conduire le conducteur à examiner plusieurs éléments :
- la distance sur laquelle il voit la route ;
- la circulation en sens inverse ;
- la vitesse du véhicule à dépasser ;
- la longueur de la portion disponible ;
- la possibilité de revenir rapidement sur sa voie ;
- la présence prochaine d’une ligne continue ;
- les autres usagers susceptibles d’être masqués.
Attention : l’absence de ligne continue ne suffit pas à rendre un dépassement licite. Une manœuvre peut être sanctionnée sur une ligne discontinue lorsqu’elle ne respecte pas les règles du dépassement.
Peut-on dépasser un véhicule lent ?
La ligne de dissuasion permet notamment d’éviter qu’une ligne continue ne bloque la circulation sur une très longue distance derrière un véhicule particulièrement lent.
L’Instruction interministérielle évoque expressément le dépassement d’un tracteur agricole ou d’un camion très lent lorsqu’il peut être réalisé rapidement et sans danger. La possibilité de dépasser dépend toutefois toujours des circonstances de la circulation.
La seule présence d’un tracteur ne constitue donc pas une autorisation automatique. Il faut encore que :
- la visibilité soit suffisante ;
- la voie opposée soit libre ;
- la différence de vitesse permette une manœuvre brève ;
- le conducteur puisse se rabattre sans gêner ;
- aucun panneau n’interdise le dépassement ;
- aucune ligne continue ne soit franchie au cours de la manœuvre.
La règle des 60 km/h est-elle absolue ?
De nombreux cours de Code de la route présentent comme un véhicule lent tout véhicule roulant à moins de 60 km/h. Ils en déduisent parfois qu’un dépassement serait autorisé jusqu’à 60 km/h, mais automatiquement interdit à partir de 61 km/h.
Cette présentation doit être nuancée.
L’article R422-1 du Code de la route définit les véhicules lents comme ceux qui ne peuvent pas circuler à plus de 60 km/h sur la section concernée. Mais cette définition est expressément donnée « au sens du présent article ». Or cet article concerne les voies de circulation spécialement réservées aux véhicules lents.
Il ne permet donc pas, à lui seul, d’affirmer que le dépassement d’un véhicule roulant à 61 km/h sur une ligne de dissuasion constitue automatiquement une infraction.
La vitesse du véhicule dépassé reste néanmoins importante. Plus elle est élevée, plus le dépassement nécessite du temps et de la distance. Le conducteur doit être en mesure de terminer sa manœuvre rapidement et de reprendre sa place sans créer de danger.
Note de l’avocat : la régularité du dépassement ne dépend pas uniquement d’un seuil de vitesse. La visibilité, la longueur disponible, la circulation opposée, la différence de vitesse et les possibilités de rabattement doivent être examinées ensemble.
Peut-on dépasser un cycliste ?
Une ligne de dissuasion peut être franchie pour dépasser un cycliste, sous réserve de respecter les règles générales de sécurité.
Le conducteur doit notamment laisser une distance latérale minimale :
- d’un mètre en agglomération ;
- d’un mètre et demi hors agglomération.
Le dépassement doit également être engagé uniquement lorsque la visibilité et la circulation permettent de maintenir cette distance sans exposer le cycliste ou les usagers arrivant en sens inverse.
Sur une chaussée à double sens où la visibilité est limitée, l’article R414-11 prévoit une règle particulière pour les véhicules à deux roues lorsque la manœuvre laisse libre la moitié gauche de la chaussée. Cette exception ne dispense pas le conducteur de vérifier que le dépassement reste possible sans danger.
Ligne de dissuasion sur autoroute : peut-on prendre la sortie ?
Une ligne de dissuasion peut également apparaître à l’approche d’une sortie d’autoroute ou de route express.
Dans cette configuration, elle ne concerne pas le dépassement d’un véhicule circulant en sens inverse. Elle sert à décourager les changements de voie tardifs vers la voie de décélération.
L’Instruction interministérielle prévoit qu’une ligne discontinue T3 est placée à proximité de la voie de sortie afin de dissuader l’usager d’y accéder lorsqu’il a entrepris sa manœuvre trop tard. Cette ligne se prolonge jusqu’au début de la ligne continue séparant les courants de circulation.
La ligne peut-elle être franchie pour sortir ?
Comme sur une route ordinaire, le marquage T3 reste discontinu. Son franchissement n’est donc pas assimilé, par principe, au franchissement d’une ligne continue.
La manœuvre peut néanmoins devenir dangereuse lorsque le conducteur :
- se rabat brutalement ;
- traverse plusieurs voies au dernier moment ;
- oblige un autre véhicule à freiner ;
- coupe la trajectoire d’un usager déjà engagé sur la voie de sortie ;
- franchit ensuite la ligne continue ;
- traverse les hachures ou le terre-plein séparant les courants.
Le conducteur doit sélectionner suffisamment tôt la voie correspondant à sa direction. Lorsque la ligne continue a commencé, il ne peut plus la franchir pour rejoindre tardivement la sortie.
Exemple pratique
Un conducteur circule sur la voie centrale et constate tardivement que sa sortie approche. La ligne séparant sa voie de la voie située à droite est déjà une ligne de dissuasion.
Le conducteur ne doit pas traverser brutalement les voies pour rejoindre la bretelle. Il doit vérifier ses rétroviseurs, signaler son changement de direction et ne se déporter que s’il dispose d’un espace suffisant. Si la ligne continue est déjà atteinte, il doit poursuivre jusqu’à la prochaine sortie.
Quelles sanctions en cas de dépassement dangereux ?
Il n’existe pas une sanction générale attachée au seul fait de franchir une ligne de dissuasion. La qualification dépend de la règle qui n’a pas été respectée.
Le conducteur peut notamment être verbalisé lorsqu’il :
- ne peut pas reprendre sa place sans gêner la circulation ;
- ne dispose pas d’une différence de vitesse suffisante ;
- ne respecte pas la distance latérale de sécurité ;
- dépasse alors que la visibilité est insuffisante ;
- effectue une manœuvre interdite dans un virage, au sommet d’une côte ou à une intersection ;
- franchit une ligne continue située après la ligne de dissuasion.
Une infraction aux règles prévues par les articles R414-4 ou R414-11 constitue une contravention de quatrième classe. Elle peut entraîner un retrait de trois points et expose le conducteur à une peine complémentaire de suspension du permis pouvant atteindre trois ans.
Cette suspension est prononcée par une juridiction et n’est donc pas automatique à la seule réception d’un avis de contravention.
| Sanction | Montant ou durée |
|---|---|
| Amende minorée | 90 € |
| Amende forfaitaire | 135 € |
| Amende majorée | 375 € |
| Amende maximale devant le tribunal | 750 € |
| Retrait de points | 3 points |
| Suspension judiciaire possible | Jusqu’à 3 ans |
Les sanctions exactes doivent toujours être vérifiées à partir de l’intitulé de l’infraction et de l’article mentionnés sur l’avis de contravention.
Ligne de dissuasion, ligne d’annonce et ligne continue : quelles différences ?
La ligne de dissuasion peut être confondue avec la ligne annonçant une prochaine ligne continue. Ces deux marquages utilisent la modulation T3, mais leur fonction n’est pas identique.
| Marquage | Apparence | Fonction | Règle principale |
|---|---|---|---|
| Ligne discontinue ordinaire | Traits de 3 m séparés par 10 m | Séparer et guider les voies | Franchissement possible sous réserve des autres règles |
| Ligne de dissuasion | Traits de 3 m séparés par 1,33 m | Déconseiller un dépassement ou un changement tardif de voie | Ligne discontinue, mais prudence renforcée |
| Ligne d’annonce | Traits rapprochés avant une ligne continue | Avertir d’une interdiction prochaine | La manœuvre doit être terminée avant la ligne continue |
| Ligne continue | Trait blanc ininterrompu | Interdire le franchissement ou le chevauchement | Interdiction de principe, sauf exceptions prévues par les textes |
La ligne de dissuasion comporte-t-elle des flèches de rabattement ?
Pas nécessairement.
Une ligne T3 annonçant une ligne continue est généralement accompagnée de flèches de rabattement hors agglomération. Ces flèches avertissent le conducteur qu’il doit revenir sur la voie située du côté indiqué.
En revanche, lorsque la ligne T3 remplace une succession excessive de lignes continues sur une longue zone sinueuse ou en forte pente, l’Instruction interministérielle précise que les flèches de rabattement ne sont pas posées. Une ligne continue précédée de flèches peut ensuite être réintroduite à l’approche d’un point particulièrement dangereux.
La présence de flèches constitue donc un indice important pour comprendre la fonction du marquage.
Pour connaître les règles applicables après le début du trait continu, consultez également notre article consacré au franchissement d’une ligne continue.
Que vérifier après une verbalisation ?
Un avis de contravention reçu après une manœuvre sur une ligne de dissuasion ne doit pas être analysé uniquement à partir de l’apparence du marquage.
Il convient d’abord de vérifier :
- l’intitulé exact de l’infraction ;
- l’article du Code de la route mentionné ;
- la localisation précise de la manœuvre ;
- la nature discontinue ou continue de la ligne ;
- la présence de panneaux interdisant le dépassement ;
- la visibilité au moment des faits ;
- la distance disponible ;
- la vitesse et la nature du véhicule dépassé ;
- l’existence d’une circulation en sens inverse ;
- les constatations portées au procès-verbal.
La contestation peut notamment porter sur une erreur de qualification du marquage ou sur l’insuffisance des éléments permettant d’établir le caractère irrégulier de la manœuvre. Elle ne peut toutefois pas reposer uniquement sur l’affirmation selon laquelle la ligne était discontinue. Les autres règles du dépassement restent applicables.
Avant de payer, le conducteur doit déterminer s’il entend reconnaître ou contester l’infraction. Le paiement de l’amende forfaitaire établit la réalité de l’infraction pour l’application du retrait de points.
Les conditions de recevabilité et les arguments à soulever dépendent ensuite de la situation. Notre article consacré à la contestation d’une contravention présente les principales démarches à respecter.
Questions fréquentes sur la ligne de dissuasion
Peut-on toujours franchir une ligne de dissuasion ?
La ligne est discontinue et peut donc, en principe, être franchie. Le dépassement ou le changement de voie doit toutefois respecter l’ensemble des règles de sécurité. La visibilité, la circulation opposée et la possibilité de se rabattre doivent notamment être suffisantes.
Peut-on dépasser un tracteur sur une ligne de dissuasion ?
Oui, lorsque la manœuvre peut être réalisée rapidement et sans danger. La présence d’un tracteur ne suffit toutefois pas à autoriser le dépassement si la visibilité est insuffisante ou si un véhicule arrive en sens inverse.
Peut-on dépasser une voiture roulant à plus de 60 km/h ?
Il n’existe pas, dans les textes relatifs à la ligne de dissuasion, de règle générale selon laquelle un dépassement deviendrait automatiquement interdit à 61 km/h. La vitesse du véhicule dépassé doit néanmoins permettre une manœuvre suffisamment brève et sûre.
Peut-on dépasser un cycliste ?
Oui, sous réserve de respecter la visibilité, la circulation opposée et la distance latérale minimale d’un mètre en agglomération ou d’un mètre et demi hors agglomération.
Une ligne de dissuasion est-elle une ligne continue ?
Non. Elle est constituée d’un marquage discontinu de type T3. Elle ne produit donc pas les mêmes effets qu’une ligne continue, même si elle signale une zone dans laquelle les dépassements doivent être évités lorsque les conditions ne sont pas favorables.
Quelle est la différence entre une ligne de dissuasion et une ligne d’annonce ?
Les deux peuvent présenter des traits de trois mètres séparés par 1,33 mètre. La ligne d’annonce précède une ligne continue et est généralement accompagnée de flèches de rabattement. La ligne de dissuasion peut s’étendre sur une longue zone et ne comporte pas nécessairement de flèches.
Peut-on franchir une ligne de dissuasion pour prendre une sortie d’autoroute ?
Le marquage reste discontinu, mais il indique que le changement de voie est engagé tardivement. Le conducteur ne peut rejoindre la sortie que si la manœuvre peut être réalisée sans danger et avant le début de la ligne continue.
Combien de points risque-t-on de perdre ?
Lorsque la manœuvre est verbalisée sur le fondement d’une infraction aux règles du dépassement prévues par les articles R414-4 ou R414-11, le retrait encouru est de trois points.
La suspension du permis est-elle automatique ?
Non. La suspension pouvant atteindre trois ans est une peine complémentaire susceptible d’être prononcée par une juridiction. La réception d’un avis de contravention n’entraîne pas automatiquement cette suspension.
Une ligne de dissuasion peut-elle être jaune ?
Oui, lorsqu’elle relève d’un marquage temporaire, notamment dans une zone de travaux. Le marquage jaune temporaire prévaut alors sur le marquage blanc permanent.
Article rédigé par Maître Auni KIRMEN, Avocat à la Cour.
Mis à jour le 10 juillet 2026.
